Des sols protégés par les plantes fourragères pérennes
Depuis quelques années, l’importance de maintenir les sols couverts en dehors de la saison de croissance est de plus en plus mise de l’avant, en raison des nombreux bénéfices associés à cette pratique. Cette réalité est particulièrement marquée en Estrie, où les sols sablonneux et les pentes accentuent les risques de lessivage des nutriments par les pluies et la fonte des neiges.
À la Ferme Morine, située à Barnston, ce risque est largement atténué par la présence de plantes fourragères pérennes, qui occupent une grande proportion des champs. Utilisées pour la production de foin ou comme pâturages, ces cultures constituent d’excellents outils pour limiter l’érosion et les pertes de nutriments.

Des champs de maïs plus vulnérables
Selon la rotation des cultures, un des champ de la ferme est chaque année consacré au maïs ensilage et est alors plus exposé. Celui-ci est récolté à l’automne, fertilisé avec un fumier solide riche, puis labouré en vue des semis du printemps suivant. Les propriétaires, Réjean et Véronique, sont conscients que le labour d’automne entraîne des pertes de nutriments précieux, mais la charge de travail printanière est trop importante pour y intégrer cette opération. Entre la cabane à sucre et les contraintes logistiques de la ferme, le printemps arrive trop rapidement pour envisager un changement de pratique à ce niveau.
Identifier une culture de couverture adaptée aux réalités de la ferme
Appuyés par l’équipe du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, Véronique et Réjean ont réfléchi à une solution innovante pour obtenir un sol couvert tout en conservant le labour automnal des résidus de maïs.
L’implantation d’une culture intercalaire de ray-grass ne représentait pas une option intéressante pour eux, en raison des craintes liées à la compétition avec le maïs et à une éventuelle perte de rendement.
L’essai devait donc miser sur une espèce qui ne survit pas à l’hiver afin de ne pas alourdir les chantiers du printemps, mais qui soit capable de croître rapidement, de stabiliser la structure du sol et de capter les surplus d’éléments fertilisants libérés par les applications répétées de fumier solide.
Le semis devait également être réalisé rapidement, puisque le maïs est récolté tardivement à la Ferme Morine.
Enfin, semer sur un sol fraîchement labouré représente un défi à la fois pour la machinerie et l’opérateur.
Le choix de l’avoine semée à la volée par drone
La Ferme Morine a finalement opté pour le semis d’avoine à la volée à l’aide d’un drone semoir Agras T40, immédiatement après le labour. L’avoine est très sensible au gel et ne survit pas aux premiers signes de l’hiver, ce qui élimine le risque d’ajouter une intervention au printemps. De plus, sa croissance rapide augmente les chances de produire une biomasse racinaire intéressante en peu de temps. L’utilisation du drone permet quant à elle de semer efficacement sur un sol labouré, sans désagrément, tout en éliminant les risques de compaction.
Une fenêtre de croissance très courte avant l’arrivée de l’hiver
La saison de croissance 2025 a été plus tardive qu’à l’habitude : un printemps frais et humide a retardé les semis dans la région, tandis qu’une fin d’été, chaude et sèche, a prolongé la maturation du maïs au-delà de la première semaine d’octobre. Le drone n’étant ensuite pas immédiatement disponible, le semis de l’avoine sur 0,6 hectares du champ de maïs n’a été que réalisé le 19 octobre 2025 par l’équipe du Centre d’innovation agricole.
L’essai a été implanté lors d’une journée ensoleillée, sous une température avoisinant les 20 °C, mais les températures ont ensuite chuté rapidement : un premier gel a été observé 10 jours après le semis, suivi d’une première neige le 6 novembre 2025, ce qui a laissé peu de temps à la culture pour s’établir.

Un essai prometteur malgré une biomasse limitée
Malgré tout, les observations de fin de saison ont démontré que l’avoine a bel et bien germé, révélant le potentiel de cette approche.

Toutefois, l’intervalle entre le semis et les premiers gels n’a pas été suffisant pour générer une biomasse significative avant l’hiver. L’essai demeure néanmoins prometteur : il a montré qu’avec quelques jours de croissance supplémentaires, obtenus par un semis plus hâtif ou un hiver plus tardif, les plantes auraient probablement eu le temps de produire une biomasse appréciable. Les Morin ont été enthousiastes à la vue des radicelles et du potentiel de cette innovation. Ils considèrent que l’essai est concluant, même en l’absence de l’effet « wow » qu’aurait procuré un tapis vert dense, et prévoient tenter à nouveau l’expérience l’année prochaine avec un semis un peu plus hâtif!
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.