Quand performance laitière et performance environnementale vont de pair
Avec une moyenne de 15 530 kg de lait par vache en 2022, la Ferme Séric affiche une performance remarquable. Cette forte productivité se reflète directement sur son bilan carbone, car une bonne productivité par vache permet de répartir les émissions de gaz à effet de serre sur un plus grand volume de lait produit. Ainsi, lorsque davantage de litres de lait sont produits par vache, l’empreinte carbone par litre de lait diminue :
D’ailleurs, dans la moyenne des 20 fermes du projet, les émissions associées aux animaux (principalement liées à la fermentation entérique) représentent environ 45 % des émissions totales des fermes. À la Ferme Séric, ce secteur d’émission représente seulement 33 % des émissions totale de sa ferme.

Le fumier : un puissant révélateur d’efficacité économique
Toujours en quête d’amélioration, Kassandra Grégoire ne s’est pas arrêtée à ce résultat positif et a cherché à comprendre pourquoi le fumier représentait 44 % des émissions de sa ferme, comparativement à environ 28 % en moyenne dans les autres fermes du projet.
Plus les émissions de méthane provenant du fumier sont élevées, plus cela peut indiquer qu’une quantité importante de matière organique se retrouve dans les déjections, plutôt que d’être utilisée par la vache.
Pour Kassandra et ses nutritionnistes, Maxence Landry et Véronique Carrier (Meunerie Hébert), cette observation laissait penser qu’une partie de l’énergie de la ration échappait possiblement à la digestion. Améliorer la digestibilité du maïs pourrait permettre une meilleure utilisation de cette énergie, avec des retombées positives sur la santé du troupeau et sa productivité.

Le diagnostic : l’alerte de l’amidon fécal à 10,6 %
Les analyses du fumier réalisées en laboratoire ont révélé un taux d’amidon fécal de 10,6 %.
Dépasser le seuil de 5 % d’amidon dans les déjections est généralement considéré comme un signal d’alarme. Cela signifie qu’une part importante des grains de la ration traverse le système digestif des vaches sans être pleinement valorisé par l’animal et se retrouve dans la litière, une pure perte économique. En plus, cet amidon non digéré devient aussi une source de nourriture pour les bactéries méthanogènes présentes dans la fosse, ce qui peut contribuer à y augmenter les émissions de méthane (CH4).
Pour Kassandra Grégoire et ses nutritionnistes, il était donc important de trouver une solution pour améliorer l’efficacité de la valorisation de la ration afin de limiter cette énergie perdue. L’objectif était double :
- augmenter l’énergie disponible pour les vaches;
- réduire les émissions de méthane (CH4) du fumier.
La solution AMAIZE : un résultat surprenant
Pour colmater cette fuite d’énergie, la ferme a intégré l’additif AMAIZE à sa ration totale mélangée (RTM).
AMAIZE est un supplément enzymatique conçu pour améliorer la dégradation de l’amidon. Plus précisément, il aide à digérer les grains de maïs afin de libérer davantage de glucose et d’énergie disponible pour la vache.
Le produit a été intégré au supplément à raison de 20 g/vache/jour, sur l’ensemble du troupeau en lactation pendant une période de 3 semaines.
Une nouvelle analyse de fumier a ensuite été réalisée 21 jours après le début du traitement.
Les résultats ont montré une baisse drastique de l’amidon non digéré, qui a chuté de 10,6% à 2,3 %, soit en-dessous de la cible de 5 % fixée par les nutritionnistes.
Évolution de l’amidon fécal
| Avant traitement | 10,6 % |
| Objectif | 5,0 % |
| Après AMAIZE | 2,3 % |
Le traitement a permis de réduire l’amidon fécal de 8,3 points de pourcentage. C’est une réduction de 78 % par rapport à sa valeur initiale. C’est une quantité impressionnante d’amidon maintenant disponible pour l’animal, qui auparavant se retrouvait dans le fumier.
Qu’est-ce que cette énergie récupérée rapporte à la vache ?
Cette énergie retrouvée est réallouée selon les priorités physiologiques de l’animal :
- La reproduction : réduit le déficit énergétique en début de lactation pour un retour en chaleur plus rapide.
- La condition corporelle : favorise la reprise de muscles et améliore la cote de chair.
- La production : une fois les besoins de base comblés, le surplus d’énergie soutient directement le volume et les composants du lait. Selon les informations transmises par Kassandra Grégoire, on estime que chaque baisse de 1 % d’amidon fécal dans le fumier équivaut à un potentiel de 0,25 litre de lait supplémentaire par vache, par jour.
Avec une chute de plus de plus de 8 points de pourcentages, le gain potentiel pour le troupeau devient majeur !

Produire mieux pour optimiser son bilan
L’expérience de la Ferme Séric démontre qu’améliorer son empreinte carbone ne signifie pas nécessairement produire moins. Dans ce cas-ci, c’est plutôt l’inverse : en valorisant mieux chaque kilo de fourrage et de moulée servi, la ferme améliore à la fois son efficacité économique et son efficacité environnementale. Et c’est justement l’analyse du bilan carbone qui a permis de mettre en lumière cette perte énergétique!
Les résultats obtenus à la ferme ont rapidement suscité l’intérêt dans le voisinage. Plusieurs producteurs ont commencé à analyser leur fumier à leur tour et à adopter la solution.
Car au bout du compte, tous les producteurs s’entendent sur un point : la meilleure place pour l’amidon reste dans la vache, pas derrière elle !
Comment tester l’efficacité d’un nouveau produit dans l’alimentation des vaches ?
Les conseils de Daniel Ouellet, chercheur en nutrition animale (AAC) :
Lorsqu’on souhaite évaluer un nouveau produit ou une nouvelle approche à la ferme, l’idéal est de comparer les résultats avec un groupe témoin.
Même si les essais en conditions réelles sont plus complexes qu’en station de recherche, il est tout à fait possible de réaliser des tests à la ferme. Une approche intéressante est le « plan croisé ».
Le principe consiste à former deux groupes comparables d’environ 25 vaches :
- un groupe témoin;
- un groupe recevant le produit à tester.
La première période d’essai dure idéalement environ deux mois. Pendant les essais, plusieurs mesures peuvent être suivies, comme la consommation, la production laitière, les composants du lait, et dans ce cas-ci, l’analyse du fumier.
Ensuite, une période de transition (« wash-out ») de 15 à 20 jours est réalisée sans produit pour l’ensemble des vaches. Après cette pause, les groupes sont inversés :
- le groupe témoin reçoit alors le produit;
- l’ancien groupe test redevient le témoin.
Cette deuxième période dure elle aussi environ deux mois.
Ce type d’approche permet de réduire l’effet de facteurs externes (variations de qualité des aliments, température, évolution naturelle du stade de lactation, etc.) sur les résultats. La comparaison de ces derniers, nous permet alors de quantifier l’effet réel du traitement à répondre aux objectifs visés.
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.