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Foin sec et fromages fins : relever le défi de l’efficacité alimentaire

8 juillet 2026
La Ferme Pierre Bolduc en Estrie est l’une des deux fermes du Laboratoire vivant – Lait carboneutre en production biologique. L’ensemble du lait produit est destiné à la fabrication de fromages pour la Fromagerie La Station. La ferme Pierre Bolduc s’est donnée l’exigence de produire du lait sans utiliser d’ensilage d’herbe ou de maïs, ce qui a un impact sur la productivité par vache. Les frères Bolduc cherchent donc comment conserver les avantages du foin sec tout en optimisant les performances du troupeau?
Marie-Pier Landry
Marie-Pier Landry
Ferme Pierre Bolduc
Ferme Pierre Bolduc

Conjuguer production laitière et transformation fromagère

Pour permettre à son frère Simon-Pierre de fabriquer des fromages de qualité à la Fromagerie La Station, qui sont produits exclusivement à partir du lait de la ferme, Vincent Bolduc doit prendre de nombreuses décisions à l’étable afin d’assurer une composition et une qualité du lait optimales pour la transformation. Le ratio gras/protéine doit, par exemple, rester équilibré, afin d’éviter d’écrémer le lait avant la transformation.

Par ailleurs, pour garantir un lait exempt de spores de certaines bactéries du genre Clostridium, naturellement présentes dans les sols et susceptibles de contaminer les ensilages, la ferme ne peut pas utiliser ce moyen de conservation des fourrages. Ces bactéries du genre Clostridium peuvent en effet provoquer des défauts de fabrication et d’affinage dans certains fromages.

La ferme s’appuie donc sur un système de production entièrement basé sur le foin sec entreposé grâce à un séchoir à énergie solaire, permettant de couvrir les besoins du troupeau durant toute la période hivernale.

Les vaches de la Ferme Pierre Bolduc au pâturage l’été.

Les défis du foin sec

En été, la Ferme Pierre Bolduc optimise ses pâturages afin de fournir des fourrages digestibles et riches en énergie. À la fermeture des pâturages, le troupeau est nourri au foin sec et à des concentrés distribués en stations d’alimentation. Cette pratique comporte cependant plusieurs défis.

Les défis au champ

Le foin sec doit être récolté à un stade de maturité optimal, ce qui peut être difficile à synchroniser avec les conditions météorologiques. Cela entraine parfois d’importantes pertes au champ, et peut réduire sa valeur alimentaire comparativement à l’ensilage.

Les défis à l’étable

L’alimentation en foin sec a ses avantages, notamment en termes de fibres efficaces et de stabilité du rumen. En revanche, elle complique l’optimisation des performances laitières. En effet, le foin tend à augmenter le temps de rumination et à occuper davantage de volume dans le rumen, ce qui peut limiter la consommation volontaire d’aliments plus énergétiques, comme les concentrés. Cela peut se traduire par une efficacité alimentaire et une production laitière plus faibles.

Les réserves de foin sec de la ferme

Une RTM adaptée à une ration de foin sec

Pour maintenir la qualité fromagère du lait tout en optimisant la production, l’utilisation d’ensilages n’était pas une option à la Ferme Pierre Bolduc. L’objectif était donc d’améliorer l’efficacité alimentaire du troupeau, tout en conservant une ration basée sur le foin sec.

L’introduction d’un mélangeur RTM (ration totale mélangée) représentait une avenue intéressante pour Vincent Bolduc. En mélangeant les concentrés directement au fourrage, comme on le ferait avec des ensilages, la ration devient plus homogène. Cela réduit le tri et favorise une meilleure valorisation des nutriments.

L’utilisation d’une RTM est largement répandue dans les troupeaux laitiers canadiens, mais beaucoup plus rarement dans des systèmes reposant principalement sur le foin sec. La préparation d’une RTM avec du foin sec a donc soulevé plusieurs défis et questions pour Vincent Bolduc et son équipe, qui ont dû mener différents essais : comment incorporer uniformément les concentrés? Comment limiter le tri à la mangeoire? Quelle quantité d’eau ajouter pour améliorer l’homogénéité du mélange sans compromettre sa conservation?

S’appuyant sur son expérience au sein du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, le producteur a pu structurer sa démarche d’innovation et tester progressivement différentes avenues pour optimiser le système.

Mouture des concentrés

En parallèle, Vincent a également revu la mouture des concentrés afin d’améliorer leur valorisation par les animaux. L’objectif était de mieux synchroniser l’apport énergétique de la ration, d’améliorer l’utilisation de l’amidon et de réduire les pertes observées dans le fumier. Cette approche visait à tirer davantage de valeur des concentrés déjà distribués plutôt qu’à en augmenter la quantité, ce qui pourrait se traduire dans le bilan carbone de la ferme par une hausse des émissions de gaz à effet de serre associés à l’achat d’intrants.

Les vaches à l’étable qui se nourrissent de foin sec et de concentrés.

Des résultats encourageants

La RTM et les ajustements apportés à la préparation des concentrés ont été implantés en décembre 2024. Bien que plusieurs facteurs puissent influencer les performances d’un troupeau laitier d’une année à l’autre, les résultats observés depuis l’implantation sont encourageants.

La production moyenne annuelle de matière grasse est passée de 0,91 kg par vache avant les changements à 0,99 kg en 2025, puis à 1,14 kg en 2026. Cette progression s’est produite tout en maintenant un système d’alimentation basé sur le foin sec et les objectifs de qualité du lait recherchés par la fromagerie.

Ces résultats démontrent qu’il est possible d’améliorer l’efficacité alimentaire dans un contexte où certaines pratiques, comme l’utilisation d’ensilages, sont volontairement limitées afin de répondre à des objectifs de transformation fromagère.

Une amélioration prévue de l’empreinte carbone de la ferme

À la ferme Pierre Bolduc, plusieurs pratiques de gestion bénéfiques contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la séquestration du carbone sont déjà en place. Les cultures de couverture, le pâturage intensif, la stratégie d’amélioration génétique et les pratiques culturales font partie des leviers déjà bien implantés, ce qui limite l’impact potentiel de l’adoption de nouvelles pratiques sur le bilan carbone global de l’entreprise.

Cependant, à l’échelle internationale, l’indicateur utilisé afin de comparer les fermes laitières est l’empreinte carbone allouée au lait. Cet indicateur inclut l’ensemble des émissions associées à la production de lait et est exprimé par kilogramme de lait produit. Les possibilités d’amélioration reposent donc à la fois sur la réduction des émissions et sur l’augmentation de la productivité par vache.

La ferme voit donc un potentiel d’action important dans l’amélioration de la productivité laitière. En augmentant l’efficacité alimentaire, en valorisant davantage les fourrages de qualité et en optimisant les intrants ainsi que la régie du troupeau, il est possible d’accroître significativement la production de lait. Les résultats obtenus jusqu’à présent sont encourageants puisque la productivité du troupeau a augmenté au cours du projet. Cette amélioration pourrait se traduire par une diminution notable de l’empreinte carbone du lait produit par l’entreprise. Vincent Bolduc attend donc avec intérêt les résultats du bilan carbone final qui sera réalisé en 2026.

Visite à la ferme et codéveloppement dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre.

Une contrainte qui devient un levier d’innovation

La Ferme Pierre Bolduc illustre bien qu’une contrainte, dans ce cas l’utilisation exclusive de foin sec, peut aussi devenir une occasion d’innovation, et que celle-ci peut prendre différentes formes, par l’adaptation de pratiques reconnues à des contextes spécifiques par exemple.

L’alimentation au foin sec présente plusieurs avantages pour la fabrication de fromages affinés, mais elle a des impacts sur la productivité et exige davantage de réflexion pour optimiser les performances animales. L’implantation d’une RTM adaptée à ce contexte, combinée à une révision de la préparation des concentrés, a permis d’améliorer la production de matière grasse, tout en répondant aux exigences de fabrication de la Fromagerie La Station.

Au-delà des résultats obtenus, cette démarche d’innovation démontre l’importance d’expérimenter, de mesurer et d’adapter les pratiques aux réalités de chaque ferme dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre. Les solutions les plus efficaces ne sont pas toujours les plus répandues : ce sont souvent celles qui tiennent compte des objectifs spécifiques de l’entreprise et de l’ensemble de sa chaîne de valeur.

 Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.

À propos de l’auteur(e)

Marie-Pier Landry

Marie-Pier Landry

Agronome et chargée de projets en plantes pérennes et agriculture régénératrice – Partenaire régionale (CIARC)
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Collaborateur(trice)s de l’article

Qu’est-ce que le

Laboratoire vivant – Lait carboneutre ?

Fruit d’une collaboration unique entre producteurs, chercheurs et experts, le Laboratoire vivant – Lait carboneutre transforme chaque ferme participante en terrain d’expérimentation. Ensemble, nous testons et partageons des solutions concrètes pour bâtir une production laitière plus durable dès aujourd’hui.

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