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Contre-attaque envers les espèces envahissantes dans les bandes riveraines

30 avril 2026
À la Ferme Denlais, en Montérégie, Mathieu Guertin a choisi, au début de l’été 2024, de transformer une section de champ difficile d’accès longeant une piste cyclable et un ruisseau en un aménagement d’herbacées, d'arbustes et d'arbres. Tant qu’à composer avec une parcelle peu accessible, aussi bien en faire un allié pour la biodiversité des bandes riveraines ! Mais qui dit bande riveraine, dit aussi espèces envahissantes… et notamment le roseau commun (phragmite). Dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, Mathieu a donc décidé de pousser plus loin sa démarche d’innovation en testant différentes pratiques pour protéger son aménagement.
Geneviève McKenzie
Geneviève McKenzie
Ferme Denlais
Ferme Denlais

Le phragmite, un cauchemar pour les bandes riveraines

Les bandes riveraines présentent de nombreux bénéfices. En plus de séquestrer du carbone, elles contribuent à stabiliser les berges, à filtrer les sédiments et les nutriments et à restaurer des habitats pour la faune.

Mais elles restent des milieux sensibles, facilement envahis par le phragmite. Une fois installé, ce dernier colonise rapidement de grandes superficies, remplace complètement la flore naturelle et appauvrit la biodiversité des écosystèmes.

Opération protection

Transformer une parcelle cultivable en aménagement pour la biodiversité, ce n’est déjà pas une décision évidente pour un producteur, même en connaissant tous ses bénéfices. Alors la voir se faire envahir par le phragmite ? D’emblée, Mathieu Guertin de la Ferme Denlais a dit non !

Accompagné de Geneviève McKenzie, partenaire régionale à l’UPA Montérégie dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, un dispositif expérimental simple mais ingénieux a été mis en place. Des parcelles ont été délimitées à l’aide de cerceaux en plastique afin de tester différentes pratiques et identifier les plus prometteuses pour protéger ses bandes riveraines :

1. Ne rien faire (témoin)

2. Planter un arbuste avec un biodisque en toile de coco

3. Appliquer du vinaigre

4. Installer une toile plastique

5. Semer du trèfle sous un biodisque en toile de coco

6. Écraser la parcelle chaque mois avec des raquettes

Résultats : qui gagne la bataille ?

Sans grande surprise, le roseau commun s’est avéré un adversaire redoutable. Après cinq interventions terrain entre juin et octobre 2025, un premier bilan réalisé à l’automne permet de tirer quelques constats.

En route pour installer le dispositif expérimental contre le phragmite et réaliser les suivis

Témoin (aucune protection)

Les tiges de phragmite dépassaient les 6 pieds à la fin octobre ! Sur la photo, les tiges commencent à sécher et à se coucher au sol à cause de l’automne.

Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Arbuste avec un biodisque

L’arbuste est toujours en place. Sa croissance a été limitée par un été sec, mais le biodisque a bien joué son rôle en limitant les mauvaises herbes et le phragmite.

Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 1

Vinaigre

Une image vaut mille mots : le vinaigre blanc (acheté en épicerie) a empêché le phragmite de pousser… mais aussi toute autre forme de vie végétale !

Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 0

Toile de plastique

Le phragmite semble toujours bien vivant. Des nouvelles pousses commencent même à soulever la toile.

Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Trèfle sous une toile de coco

Peu de trèfle en fin de saison et le phragmite a réussi à percer la toile.

Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Écrasement mensuel avec des raquettes

La végétation, incluant le phragmite, semble affaiblie. Elle est plus basse et plus dense, ce qui pourrait contribuer à limiter son expansion !

Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 1

Bilan : bataille encore en cours

Sur six stratégies testées, trois se démarquent :

  • Écrasement mensuel (plus exigent en temps par contre!)
  • Vinaigre blanc (mais valider l’impact sur le sol et la végétation)
  • Plantation d’un arbuste avec un biodisque

Les dispositifs étant toujours en place, le verdict final reste à venir. Le printemps apportera certainement des réponses et permettra de décider si certaines approches peuvent être ajustées ou jumelées ou s’il faudra penser à de nouvelles tactiques.

L’enjeu sera de trouver des combinaisons d’actions qui demandent peu de temps pour un maximum d’impact afin de pérenniser l’aménagement à la Ferme Denlais, et pouvoir outiller d’autres producteurs à protéger leurs bandes riveraines contre le phragmite.

Ferme Denlais, créatrice de biodiversité !

 Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.

À propos de l’auteur(e)

Geneviève McKenzie

Geneviève McKenzie

Agronome, conseillère en agroenvironnement – Partenaire régionale (Fédération de l’UPA de la Montérégie)
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Collaborateur(trice)s de l’article

Qu’est-ce que le

Laboratoire vivant – Lait carboneutre ?

Fruit d’une collaboration unique entre producteurs, chercheurs et experts, le Laboratoire vivant – Lait carboneutre transforme chaque ferme participante en terrain d’expérimentation. Ensemble, nous testons et partageons des solutions concrètes pour bâtir une production laitière plus durable dès aujourd’hui.

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