Le phragmite, un cauchemar pour les bandes riveraines
Les bandes riveraines présentent de nombreux bénéfices. En plus de séquestrer du carbone, elles contribuent à stabiliser les berges, à filtrer les sédiments et les nutriments et à restaurer des habitats pour la faune.
Mais elles restent des milieux sensibles, facilement envahis par le phragmite. Une fois installé, ce dernier colonise rapidement de grandes superficies, remplace complètement la flore naturelle et appauvrit la biodiversité des écosystèmes.
Opération protection
Transformer une parcelle cultivable en aménagement pour la biodiversité, ce n’est déjà pas une décision évidente pour un producteur, même en connaissant tous ses bénéfices. Alors la voir se faire envahir par le phragmite ? D’emblée, Mathieu Guertin de la Ferme Denlais a dit non !
Accompagné de Geneviève McKenzie, partenaire régionale à l’UPA Montérégie dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, un dispositif expérimental simple mais ingénieux a été mis en place. Des parcelles ont été délimitées à l’aide de cerceaux en plastique afin de tester différentes pratiques et identifier les plus prometteuses pour protéger ses bandes riveraines :
1. Ne rien faire (témoin)
2. Planter un arbuste avec un biodisque en toile de coco
3. Appliquer du vinaigre
4. Installer une toile plastique
5. Semer du trèfle sous un biodisque en toile de coco
6. Écraser la parcelle chaque mois avec des raquettes






Résultats : qui gagne la bataille ?
Sans grande surprise, le roseau commun s’est avéré un adversaire redoutable. Après cinq interventions terrain entre juin et octobre 2025, un premier bilan réalisé à l’automne permet de tirer quelques constats.

Témoin (aucune protection)
Les tiges de phragmite dépassaient les 6 pieds à la fin octobre ! Sur la photo, les tiges commencent à sécher et à se coucher au sol à cause de l’automne.
Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Arbuste avec un biodisque
L’arbuste est toujours en place. Sa croissance a été limitée par un été sec, mais le biodisque a bien joué son rôle en limitant les mauvaises herbes et le phragmite.
Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 1

Vinaigre
Une image vaut mille mots : le vinaigre blanc (acheté en épicerie) a empêché le phragmite de pousser… mais aussi toute autre forme de vie végétale !
Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 0

Toile de plastique
Le phragmite semble toujours bien vivant. Des nouvelles pousses commencent même à soulever la toile.
Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Trèfle sous une toile de coco
Peu de trèfle en fin de saison et le phragmite a réussi à percer la toile.
Score : Phragmite 1 – Ferme Denlais 0

Écrasement mensuel avec des raquettes
La végétation, incluant le phragmite, semble affaiblie. Elle est plus basse et plus dense, ce qui pourrait contribuer à limiter son expansion !
Score : Phragmite 0 – Ferme Denlais 1

Bilan : bataille encore en cours
Sur six stratégies testées, trois se démarquent :
- Écrasement mensuel (plus exigent en temps par contre!)
- Vinaigre blanc (mais valider l’impact sur le sol et la végétation)
- Plantation d’un arbuste avec un biodisque
Les dispositifs étant toujours en place, le verdict final reste à venir. Le printemps apportera certainement des réponses et permettra de décider si certaines approches peuvent être ajustées ou jumelées ou s’il faudra penser à de nouvelles tactiques.
L’enjeu sera de trouver des combinaisons d’actions qui demandent peu de temps pour un maximum d’impact afin de pérenniser l’aménagement à la Ferme Denlais, et pouvoir outiller d’autres producteurs à protéger leurs bandes riveraines contre le phragmite.

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.