Le maïs ensilage, en mélange avec des plantes fourragères pérennes dans la ration des vaches laitières, contribue à offrir une alimentation de qualité aux troupeaux et à soutenir la performance des fermes laitières. Sa culture n’est cependant pas simple à faire dans une région nordique comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Avec environ 2 000 unités thermique maïs (UTM), la somme de chaleur accumulée pendant la saison de croissance y est tout juste suffisante pour permettre au maïs d’arriver à maturité. Cette contrainte a poussé les producteur(trice)s de la région à innover et à trouver des solutions pour pouvoir cultiver du maïs dans leurs champs.
Des fermes en constante évolution
Pour composer avec les conditions climatiques de la région, les producteur(trice)s se sont tourné(e)s au cours de la dernière décennie vers une nouvelle technologie : les paillis de plastique. Leur utilisation permet de réchauffer les sols au printemps et a permis d’augmenter significativement les superficies de maïs cultivées dans la région. Aujourd’hui, avec le développement de nouveaux hybrides mieux adaptés au climat nordique du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le gain d’expertise des producteur(trice)s, les paillis de plastique sont moins essentiels à la culture du maïs. Cette pratique laisse tranquillement la place à des alternatives plus respectueuses de l’agroécosystème. Les producteur(trice)s s’intéressent en effet de plus en plus à des solutions permettant de faciliter l’infiltration de l’eau, de réduire l’érosion entre les rangs, d’améliorer la structure du sol et de favoriser la vie biologique. Une de ces pratiques est l’implantation de cultures intercalaires que la Ferme Louison a décidé d’expérimenter cette année.

Les cultures intercalaires et leurs défis : comment les surmonter?
Les bienfaits des cultures intercalaires dans le maïs ne sont plus à prouver au Québec. Cependant, l’implantation des intercalaires en début de saison ne permet pas toujours de développer une biomasse suffisamment importante pour en tirer tous les bénéfices souhaités, et ce, même dans les régions plus chaudes du Québec. En effet, l’implantation des cultures intercalaires, souvent semées à la volée, fait face à quelques défis, dont le contact sol-semences qui est parfois difficile lorsque le sol est sec et la compétition avec la culture principale pour les nutriments, l’humidité et le soleil. La présence de résidus d’herbicides à large spectre peut également affecter négativement certaines espèces du mélange d’intercalaires, ce qui fait du choix d’herbicide un paramètre très important à considérer.
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la longueur de la saison de croissance plus courte ne fait qu’ajouter au défi que représente l’établissement d’une culture intercalaire efficace dans le maïs. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles cette pratique reste peu courante dans la région. Des essais et des ajustements étaient donc nécessaires afin de maximiser les chances de succès. L’utilisation d’un mélange est toujours plus judicieuse puisqu’on peut espérer que si une espèce a de la difficulté à s’implanter, l’autre ou les autres espèces du mélange s’implanteront mieux. La date du semis est également extrêmement importante : pas trop tôt pour ne pas nuire à la culture principale, mais pas trop tard pour éviter que la culture intercalaire n’ait pas le temps de s’implanter. La planification est donc primordiale, mais ne garantit pas le succès puisque la météo peut toujours venir causer l’effet de surprise et déjouer les plans les mieux établis!

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas
La saison 2025 aura été une année difficile pour les cutures en général. Un printemps froid et pluvieux, suivi d’un été frais et sec, n’auront pas facilité la vie des producteur(trice)s. Comme il n’était pas possible d’entrer dans les champs avec la machinerie en raison des précipitations, l’implantation de l’intercalaire à la Ferme Louison a été repoussée jusqu’à la limite recommandée (maïs au stade 6 feuilles). Le semis du mélange choisi (trèfle incarnat et ray-grass) a finalement été réalisé par un drone, qui permet d’intervenir dans n’importe quelle condition de sol. Ce choix n’a cependant pas permis de compenser le retard causé par la météo défavorable, et l’implantation de la culture intercalaire a été inégale entre les rangs de maïs. Ce résultat peut s’expliquer par le fait que le maïs déjà bien avancé a pu empêcher une partie des semences du mélange d’atteindre le sol, réduisant le taux de semis par rapport aux doses recommandées, ou bien faire de l’ombre à la culture intercalaire et nuire à son implantation.


Implantation de la culture intercalaire par drone
Les propriétaires de la Ferme Louison espéraient tout de même que le système racinaire se soit bien développé. Ce n’est qu’après la récolte de la culture principale qu’il a été possible d’évaluer la couverture du sol et la portance. Le constat s’est avéré prometteur : bien que la couverture soit demeurée inégale en raison des conditions défavorables au semis, la culture intercalaire a réussi à s’établir et à développer son système racinaire. D’autres essais seront réalisés dans les années futures afin de tester l’implantation par drone de culture intercalaire dans des conditions plus favorables, soit plus tôt dans la saison.


État de la culture sans intercalaire (à gauche) et avec le mélange intercalaire de trèfle incarnat et de ray-grass (à droite) le 3 septembre 2025, soit 103 jours après l’implantation du maïs (23 mai) et 49 jours après l’implantation de l’intercalaire (16 juillet).
Les producteur(trice)s sont de plus en plus conscientisés aux bienfaits des intercalaires et malgré des essais dont les résultats ne sont pas parfaits, il(elle)s ne baissent pas les bras. L’arrivée des drones dans le paysage québécois devrait contribuer à améliorer les méthodes d’implantations de ces cultures. L’adoption généralisée de cette pratique ne se fera certainement pas en un jour, mais les efforts déployés aujourd’hui contribueront à faire des cultures intercalaires une pratique courante et efficace dans les fermes québécoises de demain.
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre
Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.