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La couverture des amas au champs, une solution pour réduire la perte d’éléments nutritifs pendant l’entreposage?

2 avril 2026
L’entreposage du fumier en amas au champ est une méthode couramment utilisée sur les fermes puisqu’elle permet une gestion simple, flexible et peu couteuse des déjections animales avant leur épandage. Cette méthode peut cependant causer certaines problématiques : le ruissellement et l’infiltration des éléments nutritifs dans le sol menant aux eaux de surface et souterraines. Est-ce que couvrir les amas pourrait permettre de mieux conserver les éléments nutritifs ? Cette question représente une préoccupation concrète pour plusieurs producteur(trice)s, telle que mise en évidence à travers les démarches d’innovation menées dans le cadre du Laboratoire vivant – Lait carboneutre. Les producteurs Bryan Denis (Ferme Denijos, Bas-Saint-Laurent) et Guillaume Drouin (Ferme Étang du Vallon, Estrie) ont réalisé des tests pour répondre à cette question.
Anne-Sophie Larivière Lajoie
Anne-Sophie Larivière Lajoie
Marie-Pier Landry
Marie-Pier Landry
Ferme Denijos
Ferme Denijos
Ferme Étang du Vallon
Ferme Étang du Vallon

Pourquoi couvrir un amas au champ lors de l’entreposage ?

L’entreposage d’un amas de fumier au champ sans protection l’expose directement aux conditions climatiques, pouvant entraîner une perte de valeur fertilisante ainsi que certains risques environnementaux.

Perte d’éléments nutritifs par lessivage 

Lorsque les précipitations s’infiltrent dans le fumier, elles peuvent entraîner par lessivage une partie des éléments nutritifs solubles, notamment l’azote et le potassium. Ces éléments peuvent ensuite migrer vers le sol ou les eaux de surface, réduisant la valeur fertilisante du fumier tout en augmentant les risques de contamination de l’environnement.

Minéralisation et pertes d’azote

Les conditions d’humidité et de température influencent également l’activité microbienne dans l’amas. Les micro-organismes dégradent la matière organique du fumier, ce qui entraîne la transformation progressive de l’azote organique en formes minérales disponibles pour les plantes, dans un processus appelé minéralisation. Toutefois, lorsque l’amas est exposé à l’air et aux intempéries, une partie de cet azote peut être perdue sous forme d’ammoniac (NH₃) par volatilisation.

Émissions de gaz à effet de serre

Les conditions d’entreposage peuvent aussi influencer les émissions de gaz à effet de serre, notamment le méthane (CH₄) et le protoxyde d’azote (N₂O), produits lors de la décomposition de la matière organique.

Le recouvrement de l’amas agit donc comme une barrière contre ces pertes. En limitant l’infiltration de l’eau de pluie et en stabilisant les conditions d’humidité dans l’amas, la couverture peut contribuer à conserver une plus grande proportion des éléments fertilisants, favorisant ainsi une meilleure valorisation agronomique des déjections animales lors de l’épandage.

Les différents types de couverture

Plusieurs types de couvertures peuvent être utilisés pour protéger les amas au champ pendant leur période d’entreposage temporaire. Au Québec, ces amas sont généralement destinés à être épandus dans la même année; les couvertures utilisées doivent donc être simples à installer, faciles à retirer et adaptées à une utilisation de courte durée.

  • Couverture en polyéthylène : souvent l’option la plus simple et la plus accessible. Totalement imperméable, elle protège efficacement l’amas contre les précipitations et limite l’infiltration d’eau dans le fumier. Toutefois, ce type de bâche est relativement fragile et peut être endommagé par le vent ou par les animaux. Une fois perforée, l’eau peut s’accumuler sous la membrane.
  • Membranes de type géotextile :  généralement plus résistantes et peuvent être réutilisées plusieurs fois. Selon le type de matériau utilisé, elles peuvent être complètement imperméables ou permettre certains échanges d’air et de vapeur d’eau, ce qui peut influencer l’humidité et la dynamique de décomposition dans l’amas.
  • Matériaux organiques comme la paille : une couche épaisse appliquée sur l’amas agit comme une barrière partielle aux précipitations tout en permettant une bonne circulation de l’air. Cette option est simple et biodégradable, mais sa capacité à protéger l’amas demeure limitée lors d’épisodes de pluie abondante.

Le choix de la couverture dépend donc surtout des conditions de stockage, de la durée d’entreposage et du niveau de protection recherché contre les précipitations.

Essai à la Ferme Denijos

Bryan Denis, propriétaire de la Ferme Denijos au Bas-Saint-Laurent a l’habitude d’entreposer la litière accumulée dans son étable froide sous forme d’amas au champ. Curieux de savoir si le recouvrement de son amas pouvait limiter la perte d’azote et préserver sa valeur fertilisante, il s’est intéressé à cette pratique encore peu étudiée au Québec. Ainsi, en mai 2025, immédiatement après la formation de l’amas au champ, il a appliqué une couverture de géotextile noire sur une section de l’amas.

Des échantillons ont été récolté, à plusieurs endroits dans les deux zones pour évaluer l’effet de la couverture comparativement à l’amas sans couverture :

  • Lors de la formation de l’amas (30 mai)
  • Au milieu de l’entreposage (25 juillet)
  • Avant l’épandage (29 août)

Positionnement du géotextile et des drapeaux identifiants les sites de prises de mesure sur l’amas au champ à la Ferme Denijos.

Premiers résultats et observations à la ferme

Éléments fertilisants

Dans les deux traitements (couvert vs. non couvert), l’ensemble des éléments analysés a diminué entre la formation de l’amas au champ et son épandage. Cependant, pour certains éléments fertilisants comme l’azote (N) total, le P2O5 (phosphore), le K2O (potassium) et le calcium, la concentration par tonne semblait rester plus élevée pour la portion de l’amas couverte que pour la portion non couverte.

Évolution en cours de saison des principaux éléments fertilisants et macro-éléments de l’amas au champ.

Humidité

Lors de la prise d’échantillons, Bryan a remarqué que la portion couverte était généralement plus sèche en dessous du géotextile, mais qu’il y avait plus d’accumulation d’eau à sa base. Toutefois, le sol n’étant pas complètement plat et présentant une pente orientée vers cette section, ces conditions ont pu influencer les observations.

Mauvaises herbes

Enfin, pour la portion couverte de l’amas au champ, il a été observé une très faible croissance de mauvaises herbes comparativement à la portion non couverte. En effet, dans la zone non couverte, il a été nécessaire de désherber les spécimens les plus imposants avant l’épandage afin d’éviter la dissémination de leurs semences dans les champs.

Prochains tests à la ferme

Afin d’obtenir des réponses plus précises, Bryan Denis prévoit de réaliser un test similaire à l’été 2026, en y apportant quelques ajustements. Ayant observé que la portion couverte semblait se composter plus rapidement que la portion non couverte, il mesurera cette fois-ci la température des deux sections. De plus, des analyses de sols seront également effectuées juste avant la mise en place de l’amas au champ et immédiatement après son épandage afin de vérifier si la couverture de l’amas a eu un effet sur la quantité d’éléments fertilisants dans le sol situé juste en dessous.

Poursuivre les tests pour mieux valoriser le fumier

L’entreposage d’amas au champ constitue une pratique couramment utilisée sur les fermes puisqu’elle permet une gestion simple et flexible des déjections animales avant leur épandage. Toutefois, cette pratique expose le fumier aux conditions climatiques, ce qui peut influencer l’humidité de l’amas, la dynamique de décomposition de la matière organique ainsi que la conservation des éléments fertilisants.

Les observations réalisées dans le cadre de l’essai à la Ferme Denijos suggèrent que la couverture d’un amas peut modifier certaines caractéristiques de l’entreposage, notamment influencer sa décomposition au cours de la période de stockage. Bien que les résultats doivent être interprétés avec prudence, ils indiquent que la couverture pourrait contribuer à conserver une plus grande proportion des éléments fertilisants dans l’amas jusqu’au moment de l’épandage.

Un essai exploratoire similaire a également été réalisé par Guillaume Drouin propriétaire de la Ferme Étang du Vallon en Estrie, qui a recouvert la moitié d’un amas de fumier de poulet d’une toile de plastique. Les observations visuelles allaient dans le même sens que celles observées à la Ferme Denijos, suggérant notamment une dynamique de décomposition différente comparativement à un amas laissé à découvert.

Installation d’une bâche sur un amas de fumier de poulet entreposé au champ à la Ferme Étang du Vallon (Estrie)

Ces observations, bien que préliminaires, illustrent le potentiel de la couverture des amas au champ comme pratique permettant d’améliorer la gestion et la valorisation agronomique des déjections animales. La poursuite des essais permettra de mieux quantifier les effets de cette pratique sur la conservation des éléments fertilisants, la dynamique de décomposition du fumier et les impacts environnementaux associés à l’entreposage au champ, notamment dans un contexte de précipitations variables.

À retenir pour les producteurs

  • Couvrir un amas peut limiter l’humidification du fumier
  • La couverture peut aider à conserver l’azote

L’effet dépend beaucoup des précipitations.

 Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.

À propos des auteur(e)s

Anne-Sophie Larivière Lajoie

Anne-Sophie Larivière Lajoie

Chercheuse en production animales – Partenaire régionale (Agrinova)
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Marie-Pier Landry

Marie-Pier Landry

Agronome et chargée de projets en plantes pérennes et agriculture régénératrice – Partenaire régionale (CIARC)
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Collaborateur(trice)s de l’article

Qu’est-ce que le

Laboratoire vivant – Lait carboneutre ?

Fruit d’une collaboration unique entre producteurs, chercheurs et experts, le Laboratoire vivant – Lait carboneutre transforme chaque ferme participante en terrain d’expérimentation. Ensemble, nous testons et partageons des solutions concrètes pour bâtir une production laitière plus durable dès aujourd’hui.

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