
Une vocation inspirée par la famille
Porté par sa curiosité pour la nature et attiré par le mode de vie de sa tante, ingénieure en agroalimentaire, souvent en mission à l’étranger, Taher s’est tout naturellement tourné vers l’agronomie lorsqu’est venu le moment de choisir ses études.
« J’ai toujours été quelqu’un qui aimait s’occuper des animaux, et faire pousser des petites plantes, même avec des moyens réduits », raconte-t-il.
Il se plonge alors avec enthousiasme dans sa formation d’ingénieur de l’École supérieure d’agriculture de Mateur en Tunisie (l’équivalent du baccalauréat en agronomie au Québec) : « On est dans la classe, puis on sort et on se retrouve directement sur la ferme expérimentale de l’école, à mettre en pratique ce qu’on vient d’apprendre. Ça m’a montré ce qu’on peut faire concrètement avec nos études ».
De la Tunisie au Laboratoire vivant – Lait carboneutre
Grâce à ses efforts et l’excellence de son dossier académique, Taher décroche une bourse très compétitive. Son rêve de découvrir le monde se concrétise : direction l’Université Laval pour poursuivre ses études!
Taher réalise sa maîtrise dans l’équipe de Caroline Halde (Laboratoire d’agroécologie, Université Laval) et Marie-Noëlle Thivierge (AAC) sur le projet « PERMANENCE », qui compare six rotations de cultures typiques des fermes laitières de l’Est canadien. C’est à cette occasion qu’il rencontre Édith Charbonneau, professeure au Département des sciences animales de l’Université Laval et directrice scientifique du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, qui l’invite dans un premier temps à travailler comme professionnel de recherche dans son laboratoire.
« J’ai commencé par aider Frédérika dans la compilation des données de bilan carbone des 20 fermes participant au projet. Édith m’a ensuite proposé de faire un doctorat en lien avec le Laboratoire vivant – Lait carboneutre. J’ai tout de suite accepté! »
Un doctorat au service des producteur(trice)s
Le projet de Taher s’intègre parfaitement dans la mission du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, qui est d’aider les fermes laitières du Québec à réduire leur empreinte carbone et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Il s’articule sur deux axes : l’identification des pratiques les plus efficaces à adopter aux champs et l’optimisation de la valorisation des fourrages sur la ferme.

Simuler les pratiques pour mieux décider
Le premier volet de son projet consiste à simuler, grâce à des outils informatiques, différents scénarios de choix pratiques aux champs pour en étudier les impacts environnementaux et économiques à l’échelle de la ferme entière. Ces informations sur le long terme devraient aider les producteur(trice)s à prendre des décisions sur les pratiques les plus pertinentes à adopter, en fonction de leurs objectifs.
Comme effectuer la modélisation sur les 20 fermes serait trop difficile, Taher développe d’abord des fermes types, une par région, auxquelles les producteur(trice)s pourront ensuite se comparer. Les différentes pratiques à simuler seront ensuite déterminées avec les producteur(trice)s, dans l’esprit de codéveloppement qui guide l’ensemble les activités de recherche du Laboratoire vivant – Lait carboneutre.
« J’ai toujours aimé expliquer la science, que ce soit à mes amis pendant mes cours, ou en tant qu’auxiliaire d’enseignement », raconte Taher, pour qui ce doctorat est l’occasion rêvée de faire avancer la recherche scientifique, tout en transmettant ses connaissances aux producteur(trice)s.
Valoriser au maximum la production des fourrages
Taher s’intéresse également à optimiser la valorisation des fourrages, selon 4 critères : quantité, qualité, coût de production et efficacité du chantier.
« J’ai présenté le projet lors des rencontres de codéveloppement, et 18 fermes sur 20 ont levé la main pour participer! Il y a même une ferme qui ne voulait pas attendre cet automne pour commencer. »
Pour cette ferme particulièrement motivée, il s’est appuyé sur les données de récolte et de production de 2024, afin d’évaluer l’efficacité de sa grille d’analyse et de commencer à proposer des pistes de solutions. Cette avance lui permet déjà de préparer la construction de ses futurs scénarios de modélisation.
À l’automne, après la dernière coupe de fourrages, Taher se rendra sur les fermes participantes pour recueillir les données de la saison 2025. Il en profitera notamment pour peser les balles de fourrages, ce qui donnera une estimation précise des rendements, une information que les producteur(trice)s n’ont pas toujours à leur disposition.
Des pistes d’amélioration prometteuses
Cela ne fait qu’un an que Taher a commencé son doctorat et il n’a pas encore de résultats à présenter. Mais lorsqu’on lui demande s’il a déjà des réflexions à partager, sa confiance dans l’utilité du projet est évidente :
« Oh oui, j’en ai plein! Les fourrages ne sont pas encore valorisés à leur plein potentiel, on s’attend donc à trouver beaucoup d’opportunités d’amélioration. »
Il donne aussitôt des exemples concrets : un fourrage de meilleure qualité nutritive est plus facile à digérer pour la vache, ce qui réduit ses émissions de méthane (CH ) entérique. Du côté de l’organisation des chantiers de récolte, une meilleure planification pourrait aussi permettre de limiter les émissions de dioxyde de carbone (CO ) liées à l’utilisation des équipements.
L’importance de la recherche collaborative

Pour Taher, travailler directement sur les fermes est essentiel. C’est l’occasion de sortir du milieu académique et de développer ses compétences pratiques.
« Cela permet de se ramener à la vision des producteur(trice)s et de rester dans leur réalité, car on ne voit pas toujours les choses de la même façon à l’université. »
L’approche participative du Laboratoire vivant – Lait carboneutre garantit aussi selon lui un meilleur impact auprès des producteur(trice)s qui « sont là dès le début du projet, participent à toutes les étapes, et donc quand ils verront les résultats, ils sauront de quoi je parle ».
Un engagement qui dépasse le doctorat
En plus de ses recherches pour le Laboratoire vivant – Lait carboneutre, Taher collabore au projet Méthane Québec avec les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et Lactanet, un autre projet pour une industrie laitière plus durable. Et quand il a un peu de temps pour lui, il participe à la rédaction du prochain guide des plantes fourragères du Centre de référencement en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)!
Pour Taher, aider les producteurs à tendre vers la carboneutralité est une grande source de motivation :
« Contribuer à la société et à l’environnement me procure beaucoup de bonheur. J’espère que les résultats de mes recherches répondront aux questions des producteur(trice)s, notamment sur les impacts économiques et de production de l’adoption de certaines pratiques. »

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.