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Lydia Charron, gérante de la Ferme-école du CIAgricole

10 décembre 2025
Une démarche de recherche et d’innovation d’envergure comme celle du Laboratoire vivant – Lait carboneutre repose sur l’engagement soutenu de personnes rigoureuses, curieuses et impliquées. Dans ce portrait, découvrez Lydia Charron, gérante de la Ferme-école du CIAgricole en Estrie, l'une des 20 fermes participantes au projet. Cette ferme pas comme les autres conjugue production laitière et formation de la relève agricole, tout en jouant un rôle clé dans l’avancement des pratiques pour réduire l'empreinte carbone des fermes laitières.
Blandine Bulot
Blandine Bulot
Marie-Pier Landry
Marie-Pier Landry
Ferme CIARC
Ferme CIARC

Une ferme laitière pas comme les autres

À Coaticook, l’une des cinq fermes du Laboratoire vivant – Lait carboneutre située en Estrie se distingue par son histoire et sa mission. En 1990, désireux de pouvoir offrir une formation en agriculture aux jeunes de la région, un groupe de producteur(trice)s crée le Centre d’initiative en agriculture de la région de Coaticook (CIARC, nouvellement appelé le Centre d’innovation agricole, et achète la ferme patrimoniale située sur le plateau Morgan laissée vacante depuis plusieurs années pour en faire une ferme école. La ferme est remise en fonction et accueille ses premières vaches deux ans plus tard, avec une double mission : produire du lait et former la relève agricole.

Depuis quatre ans, cette mission repose en grande partie sur Lydia Charron, gérante de la ferme. Elle coordonne les différentes activités à l’étable et aux champs avec les besoins pédagogiques des étudiants du CRIFA (Centre de formation professionnelle de Coaticook) et du Cégep de Sherbrooke auxquels la ferme est affiliée.

Une gérante au parcours inattendu

Issue d’une famille de producteurs de bovins de boucherie, Lydia n’a pas grandi « les deux pieds dans la ferme », et au moment de choisir ses études, l’agriculture n’était pas son premier choix.

« J’étais intéressée par la santé, la comptabilité et même l’esthétique. Au final, j’ai tellement hésité que j’ai manqué toutes les inscriptions » se rappelle-t-elle en riant, un peu gênée

Prise de court, elle s’inscrit au diplôme d’études professionnelles (DEP) en production animale au CRIFA par simplicité « parce que c’était à 7 minutes » de chez elle. À travers l’enseignement de professeurs passionnés, et grâce à la formule axée sur la pratique du programme, qui offre une semaine de stage par mois, elle découvre les productions bovines, équines, et laitières, et commence à développer un véritable intérêt pour le monde agricole. Elle commence ensuite à travailler sur une ferme laitière tout en poursuivant ses études au programme GTEA (Gestion et technologies d’entreprise agricole) au Cégep de Sherbrooke.

« Je me suis dit : aussi bien continuer et faire mon plan d’affaires. Peut-être qu’un jour je voudrai reprendre la ferme familiale. »

Lorsqu’un poste de gérante s’ouvre à la Ferme-école du CIARC, un milieu qu’elle connaît déjà pour y avoir fait des traites durant son DEP, elle y voit une belle continuité, postule, et obtient le poste!

Une gestion de l’étable adaptée au besoin des étudiant(e)s

Le troupeau de la Ferme-école du Centre d’innovation agricole compte aujourd’hui environ 70 vaches en lactation, logées en stabulation entravée dans la grange patrimoniale. Ce choix vise à faciliter l’enseignement et à permettre aux étudiant(e)s une proximité avec l’animal, notamment lors de la traite. Chaque semaine, des étudiant(e)s du CRIFA et du Cégep viennent en effet réaliser des traites et participer aux soins. Certain(e)s n’ont jamais mis les pieds sur une ferme, tandis que d’autre ont grandi sur une ferme familiale.

« C’est tellement motivant de voir quelqu’un partir de zéro et rester, par la suite, dans le domaine. Plusieurs étudiant(e)s qu’on a formé(e)s sont maintenant propriétaires ou travaillent à temps plein en agricole. C’est le fun de se dire : c’est moi qui leur ai montré à vacciner leur premier animal. »

Cette rotation constante de personnel dans l’étable demande une bonne organisation, mais l’équilibre entre le travail avec les animaux et le contact humain est ce qui motive Lydia au quotidien : « Il n’y a jamais une journée où personne ne passe nous dire coucou, c’est plus plaisant que de passer la journée toute seule dans l’étable. Parfois j’ai l’impression d’avoir juste rentré une balle de foin dans ma journée, mais quand je regarde le calendrier et que je coche tout ce qui a été fait, je réalise qu’on en accomplit des affaires dans une année! »

Une gestion des champs sans machinerie agricole

La Ferme-école a une autre particularité : elle ne possède pas de machinerie. Les travaux aux champs sont réalisés en partie par des forfaitaires, mais aussi avec les étudiant(e)s dans le cadre de leurs cours. Lydia rencontre régulièrement les professeurs pour connaître leurs besoins, puis elle s’occupe de choisir les intrants, passer les commandes, attribuer les champs, organiser les horaires, et appeler une entreprise externe pour finaliser les travaux au besoin.

« On planifie beaucoup ensemble et on s’adapte. On a déjà semé un seigle à l’automne que j’ai fait pâturer au printemps, simplement parce qu’il y avait une demande du Cégep d’en faire l’essai. »

Un rôle actif dans le Laboratoire vivant – Lait carboneutre

Le Centre d’innovation agricole participe initialement au Laboratoire vivant – Lait carboneutre à titre de partenaire régional afin de coordonner les activités de recherche et de codéveloppement sur les fermes estriennes. L’opportunité de se joindre au projet à titre de ferme participante est arrivée ensuite. Lydia a accepté que la ferme soit mise à l’étude et ce, sans hésiter, même si cela pouvait représenter une augmentation de sa charge de travail.

« C’est important pour nous, que les étudiants voient ce qui peut être fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et améliorer le bilan carbone d’une ferme. »

Déjà engagée dans l’amélioration continue de la ferme, Lydia avait amorcé avec son équipe plusieurs changements à l’étable, comme la diminution du nombre d’animaux non productifs, le rehaussement des critères de sélection génétique, et la mise en place d’un système de pâturage intensif. Un logiciel maison a même été créé pour suivre les consommations au pâturage ainsi que les refus à l’intérieur, de sorte à ajuster les rations selon les besoins du troupeau.

« Je cochais déjà beaucoup de pratiques bénéfiques en ce qui concerne le troupeau. Le Laboratoire vivant m’a poussée à m’intéresser davantage aux champs. »

Le projet lui a donc permis d’explorer des pratiques moins familières, comme le semis intercalaire par drone. Elle avait déjà essayé d’implanter des cultures intercalaires, mais sans les équipements adaptés et avec une météo capricieuse, les résultats s’étaient avérés mitigés.

En 2024, le Centre d’innovation agricole, en collaboration avec la MRC de Coaticook, a fait l’acquisition d’un drone-semoir afin d’augmenter la résilience des entreprises agricoles face aux changements climatique. Ce projet est mené par Marie-Pier Landry, qui agit aussi à titre de partenaire régionale pour le laboratoire vivant. Les premiers tests de semis par drone ont été réalisés à la ferme-école à l’été 2024. L’année suivante, Marie-Pier a proposé à Lydia d’implanter l’intercalaire dans le maïs à différentes dates, afin d’identifier la fenêtre optimale de date de semis pour obtenir la meilleure couverture de sol. À l’automne, avant la tombée hâtive de la première neige, Lydia et Marie-Pier observaient déjà des résultats prometteurs. Elles attendent maintenant le printemps pour pouvoir tirer des conclusions.

Concilier ferme-école et Laboratoire vivant 

Lydia doit néanmoins composer avec les besoins des professeurs : « Je ne peux pas juste décider que j’arrête le labour. Ça demanderait au programme de se réformer, car ça fait partie des cours de montrer à labourer ».

Elle apprécie particulièrement l’esprit d’ouverture du Laboratoire vivant – Lait carboneutre et les échanges avec les différents producteur(trice)s et scientifiques. Ces discussions nourrissent ensuite ses réflexions qu’elle ramène dans ses comités avec les professeurs du CIRFA et du Cégep.

« En parlant avec les autres (fermes du Laboratoire vivant), on se questionne. On est moins fermés sur « j’ai toujours fait ça de même ». Même une ferme-école peut s’améliorer. Ça vaut la peine d’essayer. »

Une suite pleine de promesse pour Lydia et la ferme-école

Côté personnel, Lydia s’implique aussi davantage dans la relève agricole via l’UPA et la FRAQ, consciente des défis auxquels les jeunes font face pour s’établir. Elle s’est aussi récemment vu offrir d’enseigner à temps partiel au CRIFA les cours d’Épandage de fumier, d’Opérations animales à la rentrée et de Soins laitier cet hiver.

« Je me suis dit : tant qu’à recevoir les étudiants à la ferme et leur montrer la vaccination, je peux l’enseigner. C’est un autre défi, mais j’adore ça. »

Sous sa gestion, la ferme-école a atteint un niveau de performance comparable aux entreprises avoisinantes. Lydia et ses employés ont travaillé d’arrache-pied sur la qualité du lait de la ferme-école ce qui a résulté à un certificat Très Grande Distinction des PLQ en 2023. L’entreprise a ensuite reçu le prix Santé des onglons 2024 des Services Nielson-McEniry pour des pattes de vaches sans aucun problème au parage. Lydia a aussi été honorée du prix Nicholas Lanciaux du Club Holstein de Sherbrooke à l’hiver dernier pour sa contribution remarquable à l’évolution de l’entreprise.

Toujours animée par le désir d’améliorer les pratiques à la ferme, elle se lance avec son équipe dans la création d’une nouvelle pouponnière, repensée pour améliorer la santé des veaux de 0 à 2 mois. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la vocation d’innovation de la ferme école et du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, et ouvre la voie à de nouvelles avancées pour les prochaines années.

Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre est une grande démarche d’innovation portée par les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et financée par le programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Coordonné par Novalait, il rassemble producteur(trice)s, expert(e)s et scientifiques autour d’un objectif commun : réduire l’empreinte carbone des fermes laitières.

À propos de l’auteur(e)

Blandine Bulot

Blandine Bulot

Agente de valorisation de l’innovation (Novalait)
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Collaborateur(trice)s de l’article

Qu’est-ce que le

Laboratoire vivant – Lait carboneutre ?

Fruit d’une collaboration unique entre producteurs, chercheurs et experts, le Laboratoire vivant – Lait carboneutre transforme chaque ferme participante en terrain d’expérimentation. Ensemble, nous testons et partageons des solutions concrètes pour bâtir une production laitière plus durable dès aujourd’hui.

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